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La défense répond au Parquet

Les avocats des prévenus ont plaidé durant quatre heures contre l'accusation.

  • Marie MARTIN
  • Publié le 14/03/2012 | 23:02
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Tout comme les avocats généraux ont basé leur réquisitoire en réponse au jugement de première instance, la défense s'est ingéniée mercredi à démonter l'argumentaire de ces réquisitions.

Le Parquet, vendredi dernier, avait analysé scrupuleusement les deux difficultés "insurmontables" sur lesquelles avait "buté" le tribunal correctionnel de Toulouse, en 2009 : l'absence de lien de causalité certain entre la faute et le dommage et l'impossibilité d'écarter définitivement la piste intentionnelle. D'où la relaxe des prévenus...

En neuf heures, les deux avocats généraux Lionel Chassin et Pierre Bernard ont longuement disséqué ces difficultés pour les transformer en certitudes. Pour le premier, l'hypothèse d'un acte criminel n'existe définitivement plus, car l'enquête a été parfaitement menée à ce sujet. La piste intentionnelle n'était qu'un fantasme, liée au douloureux contexte des attentats contre le World Trade Center.

Pour le second, l'existence d'un lien de causalité "par défaut", à savoir par élimination de toutes les autres pistes, permet de venir à bout du doute. Et Serge Biechlin est responsable d'avoir "autorisé" le dépassement du seuil réglementaire de stockage de nitrate dans le hangar 221...

Un argumentaire que Chantal Bonnard, Simon Foreman et Mauricia Courrégé ont attaqué point par point, lors du deuxième jour des plaidoiries de la défense.

PAS DE LIEN DE CAUSALITE PAR DEFAUT

Pour la première des avocates de Serge Biechlin à avoir plaidé mercredi, la causalité par défaut n'existe pas car elle découlerait d'une succession de manquements, lesquels constitueraient une faute caractérisée, selon l'accusation. Seulement voilà, on ne peut rien reprocher à Serge Biechlin, a dit maître Chantal Bonnard. Ni la présence de DCCNa - non prouvée - dans le 221 et dans le 335, ni la non-prise en considération d'un risque "imprévisible" d'explosion du nitrate, inconnu dans la "littérature". "Donc, pas de lien de causalité par défaut, pas de condamnation !"

"VOUS N'AVEZ PAS D'AUTRES PISTES ?"

Sa consoeur, Mauricia Courrégé, s'est attachée quant à elle, et comme au tout au long de l'audience, à réfuter l'hypothèse d'un accident chimique. La présence de DCCNa dans le 335, puis dans la benne, et enfin dans le 221 avant la catastrophe ? Non prouvée !

Des restes de produit dans les GRVS de DCCNa ? Impossible !

Des sous-traitants livrés à eux-mêmes et susceptibles de mélanger des produits incompatibles par ignorance ? Des témoignages disent le contraire !

La commission d'enquête interne aurait fait disparaître des preuves ? La justice a, dans ce sens, prononcé un non-lieu !

Pelleter 1,5 kilo de DCCNa sans être incommodé ? Impossible !

Le "sandwich" de produits imaginés par les experts judiciaires ? Bricolé en laboratoire et non-conforme à la réalité !

La propagation de la détonation initiée dans le box au tas principal par le muret volant ? Les tas du box, personne ne les a vus !

Après avoir asséné toutes ces contradictions, maître Mauricia Courrégé a conclu ainsi : "Vous n'avez pas d'autres pistes ? Eh bien, ce n'est pour autant que celle-ci est possible. Ce n'est surtout pas pour autant qu'elle est avérée..."

UNE "RELIGION"

Maître Simon Foreman, quant à lui, s'est démené pour prouver à la cour que non, décidément, elle ne pouvait fermer la porte de la piste intentionnelle. Car selon lui, et contrairement à ce qu'a affirmé l'avocat général, Lionel Chassin, la police n'a pas sérieusement enquêté dans ce sens. Et ce, pour plusieurs raisons. Parce qu'elle n'y croyait pas. Parce que l'enquête a été "orientée" dès les premiers jours. Parce qu'elle n'a pas vérifié les fadettes (ces fameuses factures téléphoniques détaillées) d'Hassan Jandoubi. Parce que le port de plusieurs couches de sous-vêtements par ce même Hassan Jandoubi (mort à son poste de travail, au moment de l'explosion, NDLR) n'a pas été considéré comme une "coutume" terroriste, malgré le témoignage de certains spécialistes. Parce que la piste de la communauté d'Artigat (où l'on enseignait le Djihad) en Ariège, dont certains membres ont fréquenté les mêmes milieux qu'Hassan Jandoubi, n'a pas été explorée. Pas plus que celle d'un accident préalable à la SNPE, cette entreprise voisine d'AZF, propriété de l'Etat qui faisait l'objet, quelques jours avant l'explosion du 21 septembre 2001, d'une surveillance particulière pour raison d'attentats possibles.

Parce que, pour conclure, les enquêteurs s'étaient fait une "religion" : celle de l'accident chimique mettant en cause une usine, ses pratiques et ses dirigeants.

Maître Foreman a conclu sa plaidoirie en évoquant la piste de la nitrocellulose mise en cause dans un récent article du Figaro. Un incendie survenu en décembre dernier dans une usine voisine du site de l'ancienne AZF, révélé par le quotidien il y a quelques jours, a beaucoup fait parler, ici, dans l'enceinte de la salle Jean-Mermoz. Simon Foreman a reconnu qu'on pouvait l'accuser d'incohérence, lui qui défend la piste intentionnelle et pourquoi pas, celle de la nitrocellulose (pourtant envisagée lors des enquêtes des uns et des autres comme possible cause de l'explosion, à l'instar de tous les "héritages" du passé, bombes de la seconde guerre mondiale et autre production d'exposifs potentiels dans l'histoire du pôle chimique). Mais pour lui, ce sont autant de portes qui ne sont pas fermées.

"Et combien y en a-t-il, de ces portes ? Le talon d'Achille de l'accusation, ce sont les certitudes négatives...", a-t-il conclu.

Jeudi, c'est maître Daniel Soulez-Larivière qui plaidera - en dernier - pour la défense. Avant que la cour d'appel de Toulouse ne donne la parole aux prévenus, Serge Biechlin, ancien directeur de l'usine, et Daniel Grasset, représentant de la société Grande Paroisse.

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